L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui fête cette année son 50ème anniversaire a été créée en 1970, comme une Agence de coopération culturelle et technique, devenue en 1997 l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. C’est dans notre région, lors de de la Conférence ministérielle de Bucarest en 1998 que l’appellation « Organisation internationale de la Francophonie » fut adoptée. Au fil des années, l’Organisation s’est structurée, s’est modernisée, a renouvelé et enrichi ses actions, ses réseaux, ses partenaires. Elle est devenue un acteur multilatéral important et un modèle de diversité ayant pour missions : la promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique, la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l’Homme, l’appui à l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche, le développement de la coopération au service du développement durable. Une attention particulière est portée aux femmes, aux jeunes et à l’accès aux TIC.

Une organisation qui « ramène les populations au cœur de ses missions »

Face à la crise du multilatéralisme la Francophonie est plus précieuse que jamais. Avec ses 88 États et gouvernements présents sur les 5 continents, l’OIF est la plus grande organisation internationale à vocation universelle après l’ONU, qui se remarque par l’originalité de son action « Réconcilier l’humanité et la planète » : c’est autour de l’urgence climatique, que s’est tenue la 36e Session de la Conférence ministérielle de la Francophonie à Monaco, le 30 octobre 2019. Une question à dimension universelle et de la plus brûlante actualité, à la quelle la Francophonie apporte sa contribution par des actions concrètes sur le terrain. Par exemple, faciliter l’accès à l’énergie en Afrique, c’est à la fois garantir la réussite des politiques climatiques et prévenir un enjeu crucial pour la paix et la stabilité du monde. La Secrétaire générale de la Francophonie, Madame Louise Mushikiwabo, souhaite « ramener les populations, et en particulier, les plus jeunes, au cœur de nos missions », là où nous avons une véritable valeur ajoutée. Il s’agit d’ancrer la langue française, dans les réalités quotidiennes du monde, surtout économiques, de la rendre davantage présente et utile dans l’univers du numérique, d’en faire un outil de réussite ! Il s’agit aussi de miser sur l’éducation et la formation des jeunes, surtout celle des jeunes filles. Dans le même esprit, la Secrétaire générale de la Francophonie a donné une nouvelle cohérence à l’action politique de l’Organisation en adoptant « une approche différenciée qui tient compte des spécificités propres à chaque crise, à chaque conflit », convaincue que « c’est aussi la meilleure façon de « réconcilier nos populations avec le multilatéralisme », à l’heure où celui-ci traverse une crise profonde. Dans son discours à la Conférence ministérielle de Monaco elle l’a clairement déclaré : « Le multilatéralisme francophone, par contre, bénéficie d’un climat de confiance unique par des valeurs humanistes partagées. Des valeurs que nous devons plus que jamais promouvoir dans les organisations internationales, qui constituent un véritable laboratoire de dialogue, de concertation et de construction de convergences, le lieu du dépassement des clivages entre le Nord et le Sud. »

Une action régionale intégrée dans un cadre stratégique global

Les 88 pays membres et observateurs de l’OIF sont issus de tous les continents, portant à la fois une diversité enrichissante, mais aussi des priorités différentes quant à leurs attentes vis-à-vis de la Francophonie institutionnelle. Les actions mises en œuvre par le Bureau régional pour l’Europe centrale et orientale (BRECO) s’inscrivent dans le Plan d’action régional qui est basé sur la coopération multilatérale et s’inscrit dans une logique de gestion axée sur les résultats respectant à ce titre les principes directeurs du Cadre stratégique de la Francophonie 2015-2022, en particulier la subsidiarité, la pertinence, le partenariat, l’intégration, la mesurabilité. La Francophonie a fait des jeunes et des femmes les cibles prioritaires de ses actions. Nous avons fait confiance aux jeunes pour suffisamment les impliquer dans nos actions. De la même façon, nous avons mis les femmes au cœur des réflexions et de l’action, en soutenant notamment l’axe de recherche « Francophonie et droits humains » mis en œuvre par le Centre régional francophone pour les recherches appliquées en sciences sociales (CEREFREA – Villa Noël). L’année 2017 s’est achevée par la Conférence des femmes de la Francophonie, couronnée par le lancement du réseau des femmes entrepreneures francophones et l’appel de Bucarest, qui a nourri la réflexion pour l’élaboration de la Stratégie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles adoptée par les chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet de la Francophonie, qui s’est tenu en 2018 à Erevan. En menant les actions vouées à la protection de l’environnement et au développement durable, la promotion de la diversité culturelle et linguistique en Francophonie, le renforcement des capacités des acteurs pour un meilleur rayonnement de la langue française dans la région, nous avons tâché de prendre en compte tous ces aspects. Nous avons organisé avec l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFEF) en avril 2018, à Sofia, en Bulgarie, un atelier sur les outils d’analyse systémique de la durabilité et les rapports nationaux volontaires, d’une grande importance pour l’atteinte des Objectifs de développement durables (ODD) de l’Agenda 2030, en partenariat avec le Ministère de l’environnement et des eaux de Bulgarie. Je rappelle aussi les Forums régionaux Jeunesse et Emplois Verts, 2018, Tulcea (Roumanie) et 2019 Gjakova (Kosovo) organisés en partenariat avec les autorités de la Roumanie et du Kosovo Dans notre région, où la langue française n’a de statut officiel dans aucun des pays membres ou observateurs, la Francophonie est un privilège de dialoguer et faire ensemble.
La relation entre la Francophonie et les pays d’Europe centrale et orientale est une histoire faite pour durer, comme l’ont témoigné les célébrations organisées en Roumanie et en Bulgarie à l’occasion du 25e anniversaire de leur adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi que les nombreux événements qui se déroulent chaque année aux quatre coins de la région pour fêter la Journée internationale de la Francophonie. Les activités du BRECO couvrent donc les quatre missions de la Francophonie avec un accent sur le renforcement des compétences en français des fonctionnaires et des enseignants de et en français, de même que sur la promotion de l’égalité femme-homme et des initiatives du meilleur « vivre ensemble » destinées aux jeunes. Le Centre régional francophone pour l’Europe centrale et orientale (CREFECO), structure de l’OIF à Sofia (Bulgarie) rattachée administrativement au BRECO, met en œuvre l’ensemble des formations nationales et régionales à destination des professeurs de français.

La langue française et la Francophonie à l’ère du numérique

Les nouvelles technologies, comme levier de développement, ont toujours été une priorité pour la Francophonie et pour ses opérateurs. Le Sommet de Bucarest de 2006 avait abordé la question des nouvelles technologies, circonscrite à l’enseignement. Lors du Sommet de Kinshasa (2012), les États et gouvernements membres de la Francophonie ont souhaité se doter d’une Stratégie de la Francophonie numérique Horizon 2020 pour devenir parties prenantes de la transformation numérique, notamment en y impliquant la créativité de la jeunesse. Parmi les différents axes de cette stratégie, la contribution à la production et à la promotion de contenus francophones et de nouveaux modes d’expression numérique fut mise en avant. Le XVIIIe Sommet de la Francophonie prévu pour les 12 et 13 décembre 2020 en Tunisie aura pour thème « La connectivité dans la diversité et la solidarité dans l’espace francophone : Le numérique, vecteur de développement et de solidarité dans l’espace francophone ». Depuis le Sommet de Bucarest, le Fonds francophone des inforoutes de l’OIF a joué un rôle important pour la présence du français dans l’univers numérique dans les Pays du Sud mais aussi en Europe centrale et orientale. Il a permis de financer des initiatives multilatérales de production de contenus francophones s’inscrivant dans les grandes orientations de la Francophonie. Le Groupe de travail sur le numérique de la Francophonie devra permettre à l’occasion du Sommet de Tunis d’orienter les programmes de l’OIF sur cette thématique prioritaire. Aujourd’hui le français est la 4ème langue de l’Internet et dans le marché extrêmement concurrentiel et en croissance exponentielle des contenus ouverts pour l’éducation (cours en ligne massifs et en ligne ; ressources éducatives libres), l’offre francophone se positionne relativement bien dans la mesure où le français serait, selon le rapport 2018 sur l’état de la Francophonie numérique, la 3ème langue la plus utilisée dans les CLOM.

La langue française en Europe

Dans le contexte des évolutions au niveau européen, les préoccupations sur l’évolution de la place du français sont nombreuses.

Le 6 Février 2020, la Secrétaire générale de la Francophonie s’est prononcée à ce sujet, dans une tribune au journal Le Monde. En effet, elle estime que le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doit aboutir à un rééquilibrage entre les langues en faveur du français dans les instances communautaires : « Je ne suis pas pour la guerre des langues. Je connais trop les bienfaits et la richesse, moi qui parle les quatre langues de mon pays (le Rwanda), de leur heureuse cohabitation. Je ne crois pas qu’il soit possible, ni même souhaitable, que l’anglais disparaisse des cénacles européens. »
La diversité linguistique et culturelle est au cœur du projet européen. Dans son ouvrage Altérités de l’Europe le philosophe Marc Crépon rappelle que la barrière des langues reste un des derniers remparts de la diversité culturelle, des caractères différents des peuples dans l’Europe unie et que l’identité d’un peuple passe par l’importance qu’il attribue à sa langue. Je suis confiante sur la place que le français est amené à occuper dans cette mosaïque.

La Francophonie en Roumanie

La Roumanie n’a de cesse, dans ses paroles et ses actes, de prouver son attachement à la langue française et à la francophonie. On peut citer la mise en route des bourses Eugène Ionesco, qui permettent à des Francophones, surtout issus du continent africain, de venir étudier en Roumanie. On pense aussi au Vade mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales, à partir duquel l’OIF et ses partenaires offrent, chaque année, des formations de français à près de 700 fonctionnaires et diplomates roumains. L’attachement de la Roumanie à la Francophonie se manifeste également dans sa prospérité, avec bon nombre d’entreprises, parfois même étrangères ou multinationales, qui recrutent des bilingues francophones.

En 2013, la Place de la Francophonie a été inaugurée pour célébrer le 20e anniversaire de l’adhésion de la Roumanie à l’OIF. Depuis le 20 mars 2017, le buste de l’ancien président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, l’un des pères fondateurs de la Francophonie institutionnelle, trône même sur cette Place de la Francophonie. Un grand événement francophone organisé en Roumanie était la 2e Conférence des femmes de la Francophonie. Plus de 700 femmes venues des quatre coins de la planète se sont réunies à Bucarest pour une Conférence riche en débats et en rencontres. A cette occasion a été lancé le Réseau des femmes entrepreneures de la Francophonie, opérationnel depuis le 8 mars 2018, dont la Présidente est une roumaine, Madame Monica Jiman. La Roumanie et la Francophonie, c’est une histoire faite pour durer et les jeunes mesureront toutes les opportunités que cette langue peut leur offrir. Parler français, cela fait la différence !