Titu Maiorescu a intégré dans sa formation de logicien, philosophe et psychologue la question de la langue, apportant ainsi une contribution exceptionnelle qui fait date dans le patrimoine scientifique national. Le 5 janvier 1866, il écrivit en substance « Aujourd’hui, il m’est venu à l’esprit qu’un véritable livre de logique devrait s’intituler Logique et grammaire. Il faudrait partir des Égyptiens et montrer comment, chez eux, écriture et langue sont indissociables et, à partir de la langue (grammaire), en montrer la logique. Comme la métaphysique apriorique (l’esthétique transcendantale) est issue de l’arithmétique et de la géométrie, de la même manière la logique est sortie de la langue » (Însemnări zilnice [Notes quotidiennes]). Tant du point de vue du raisonnement, que de la pédagogie, les deux sciences, la logique et la grammaire, sont imbriquées l’une dans l’autre ; de ce fait, le processus d’apprentissage doit les considérer conjointement dans une association thématique et méthodologie. Considérant que « la renaissance du peuple roumain commence par celle de sa culture linguistique », Titu Maiorescu milite pour que la grammaire soit abordée sous l’angle de sa logique et enseignée de façon pratique sur la base du principe « du connu à l’inconnu ».

Selon Maiorescu, la relation entre logique et langue se fonde sur deux processus : « la richesse de l’alphabet », comme valeur inscrite dans la sphère cognitive et « le rapport logique – grammaire » pour faire le lien entre notion et mot ou dit autrement, entre le signifié et le signifiant. « La langue est le feu dans lequel les représentations d’objets brûlent presque toute leur matérialité et ne laissent que leur idée abstraite et générale », disait-il dans Logica [Logique]. Maiorescu voit dans la relation notion-mot le principal phénomène de la linguistique qui préoccupe la communauté des spécialistes et, en particulier, ceux qui ont une mission pédagogique. Toujours dans Logica, Maiorescu précise en substance que : « Aucun peuple ne parle aujourd’hui la langue qu’il parlait autrefois. Aujourd’hui, nous ne comprenons pas sans formation spécialisée notre langue d’il y a 1000 ans, même si nous avions conservé une certaine tradition littéraire de cette époque ». Simultanément à la transformation « silencieuse » du contenu des notions dans le laboratoire intellectuel de l’humanité, il y a un changement correspondant dans les formes extérieures des notions, c’est-à-dire des mots.

Nous dédions ce numéro du magazine Laudatio, un modeste mais ambitieux successeur contemporain de la pensée et de la langue de Maiorescu, au subtil dialogue qui a émergé à son époque et perdure jusqu’à aujourd’hui, entre le devenir de la culture roumaine et le destin de la civilisation francophone.